Hommage à Réjean Groulx, un homme porté par le vent

Il y a des personnes qui marquent une communauté simplement par leur présence, leur énergie et leur passion sincère pour le vent et les grands espaces.

Jean-Sébastien Cyr, ambassadeur de la FQK, rend ici hommage à son ami Réjean Groulx, emporté beaucoup trop tôt à la suite d’une maladie aussi foudroyante qu’inattendue. Un témoignage empreint de simplicité, de souvenirs et de cette liberté que seuls les sports de vent savent offrir.


« Réjean. Tout le temps dehors, ce gars-là ! Parmi ses passions, le télémark l’hiver au mont Tremblant et le kitesurf l’été depuis quelques années. C’est en fait un voyage au Maroc, il y a 4 ans, qui l’a mis au contact du kitesurf. Parti dans le but de faire de la planche à voile, il a dû essayer le kite par manque de vent. Il aimait beaucoup découvrir de nouvelles choses. Ça a été la piqûre. Il a fait son cours l’été suivant. À peine autonome, il s’est mis à faire des sauts. Pas facile, cette manœuvre, mais Réjean n’avait pas peur de tomber dans l’eau et prendre la tasse. Déjà l’été suivant, il partait avec moi et d’autres kiteurs en camping au Nouveau-Brunswick pour un voyage de kite à Miscou. Loin de son bercail, le lac des Deux-Montagnes, où l’eau est calme et peu profonde, il affrontait la houle de la baie des Chaleurs avec une énergie et une confiance peu communes pour un rider de son niveau. Je le vois encore en nage tractée pour récupérer sa planche à travers les phoques gris intrigués. Pas de temps morts, Réjean, pour un gars discret et respectueux, avait le tour de rendre l’ambiance agréable autour du feu de camp et sur la plage.

L’année suivante, c’était un voyage à Cuba. Il aimait tellement glisser dans le flat… le sourire aux lèvres et infatigable. Le nombre de fois où il partait au large avant moi et revenait bien après mon retour. Une machine. Alimenté par sa nouvelle passion, il s’est lancé l’été passé un nouveau défi technique : l’hydrofoil. Un autre outil pour pouvoir faire du kite encore plus souvent. Et le voilà parti à pogner des débarques une après l’autre pour dompter cette nouvelle bête. Et après une heure d’efforts, il revenait à la plage chercher sa planche :

— Bon, bin là, j’ai assez travaillé, je m’en vais m’amuser !

Qu’il disait avec le sourire, vraiment content d’avoir essayé malgré les multiples échecs. Depuis 4 ans, au travail (nos postes étaient côte à côte), on avait juste à se regarder, sachant que le vent montait à midi à Oka. Qui sera le premier sur les vagues ?

Et c’était le signal pour partir d’avance et aller profiter de la vie.

Car c’est pour moi une des plus belles morales que j’ai quand je pense à lui : profiter de la vie, de la nature, de la neige, du vent. Et y aller de toute son énergie, avec le cœur rempli de joie malgré la difficulté et les échecs.

Réjean, tu n’es pas oublié. Tu laisses sur nous tous une partie de toi. Comme le son montant du vent dans les oreilles sur la Pointe-aux-Bleuets qui murmure :

Vas-y ! Le bonheur est là !
N’attends pas, plonge dedans. »

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